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Sujet : Durée des études de psy ailleurs qu’en France : pourquoi de telles disparités ?

  1. #1

    Par défaut Durée des études de psy ailleurs qu’en France : pourquoi de telles disparités ?

    Bonjour,

    Je viens de découvrir avec effarement qu’il faut être titulaire d’un doctorat ou équivalent pour obtenir le titre de psychologue clinicien aux États-Unis (4 années de "licence" + 4 années de Master / doctorat). En comparaison, nos 5 années d’études paraissent bien légères. Je dis bien "paraissent". Savez-vous pourquoi ? est-ce lié au rythme des études ? ou bien les étudiants américains sont-ils véritablement armés d’une base de connaissances bien plus solides que les étudiants français ?
    Au départ, je me suis dit que cela devait s’expliquer par la durée des stages, mais non : si mes informations sont correctes, ils ont une année entière réservée aux stages (donc 7 ans de théorie / rédaction de thèse).

    Merci d’avance pour vos avis !

  2. #2
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    Par défaut Un peu d'histoire

    Bonjour Mikomasr,

    Les raisons historiques de ces disparités sont culturelles. Pour faire simple :

    Dans la première moitié du 20e siècle, aux États-Unis comme en France, les psychologues sont majoritairement des psychotechniciens. Leur mission est essentiellement de faire passer des tests psychométriques, c'est à dire d'évaluer les compétences des travailleurs afin de les affecter au poste où ils seront le plus efficient. C'est la mode à cette époque de l'ère industrielle, les nations cherchent à optimiser leurs ressources humaines pour être compétitives. Un secteur en particulier est très intéressé par la psychotechnique : l'Armée. La première Guerre Mondiale a démontré que les combats en formations bien rangées de l'époque Napoléonienne sont terminés et qu'il faut restructurer l'armée. Les psychotechniciens sont très appréciés pour cela, d'autant que la seconde Guerre Mondiale se profile à l'horizon.

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement fédéral des États-Unis, qui jouit d'une bonne économie, et fort de son expérience de la Grande guerre, anticipe dès 1942 les besoins de soins psychologiques (notamment la prise en charge des syndromes post-traumatiques) qu'il va falloir promulguer aux vétérans à leur retour de la Libération. Le gouvernement américain investit donc volontiers dans des programmes de formation en psychologie clinique de niveau doctoral et encore très axés sur la recherche. Cela va de soi dans la culture américaine : si l'on dispense des soins à peu près comme un médecin, on doit avoir une formation à peu près équivalente. La pratique de la psychothérapie devient très populaire mais la formation est jugée inadéquate : trop axée sur la recherche, pas assez sur la pratique. Dans les années soixante, le modèle de formation est remis en question par les associations de psychologues qui conviennent de la nécessité d'une formation pratique de niveau doctoral en psychologie clinique, officialisant en 1973 la création du diplôme de Docteur en psychologie.

    En Europe, la situation économique est bien différente. La France a été ravagée par la seconde Guerre Mondiale et est en pleine reconstruction. La priorité du gouvernement français n'est pas le soin psychique mais la réorganisation de son industrie afin de relancer correctement son économie. A la sortie de la guerre, elle en est donc à nouveau à l'étape de la psychotechnique pour affecter efficacement ses travailleurs. En 1947, à son initiative, Daniel Lagache crée une licence en psychologie clinique à la Sorbonne. La psychologie clinique et la psychothérapie deviennent attractives et populaires sur le plan universitaire, aboutissant à la création du master en 1967. Néanmoins, il y a de nombreuses disparités entre les professionnels de la psychologie, d'autant que les instituts de formation publiques comme privés réalisent leurs maquettes d'enseignement à leur sauce, sans concertation, et que le gouvernement français, principal employeur des psychologues de l'époque, n'est pas vraiment favorable à l'augmentation de leur statut (qui entraîne une augmentation de leur coût salarial) et ne sait pas forcément quoi faire de leurs nouvelles compétences. Dans les années soixante-dix, les organisations professionnelles de psychologues réussissent à se fédérer et conviennent de la nécessité de protéger légalement le titre de psychologue grâce à la loi de 1985. Ainsi, en France, le diplôme de niveau master est jugé suffisant au regard des missions et des responsabilités confiées aux psychologues, bien que l'idée d'un diplôme de niveau doctoral soit régulièrement proposée et étudiée.
    Dernière édition par Heko; 10/06/2020 à 16h36 Raison: Correction

  3. #3
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    Par défaut

    Merci pour le dépliement de cet historique intéressant, Heko.
    Dommage que l'auteur du fil ne soit jamais revenu vous remercier pour le temps que vous lui avez consacré, ou simplement pour accuser réception de votre message par simple politesse ... (comportement habituel depuis quelques années...)

    Citation Envoyé par Heko Voir le message
    Ainsi, en France, le diplôme de niveau master est jugé suffisant au regard des missions et des responsabilités confiées aux psychologues, bien que l'idée d'un diplôme de niveau doctoral soit régulièrement proposée et étudiée.
    En France, contrairement à d'autres pays, il ne faut surtout pas oublier que l'obtention du Master de psychologie résulte d'une sélection qui n'est rien d'autre qu'un concours dont le taux de réussite avoisine celui de la première année de médecine. Ce n'est pas rien !

    Concernant le niveau doctorat pour les psychologues, les enjeux ne sont pas seulement qu'universitaires ... Les docteurs psy réclameront légitimement une ré-évaluation des grilles de rémunérations, mais quand on voit actuellement les difficultés de recrutement et les postes à temps partiels proposés ...
    Des docteurs en psycho qui travaillent à 30 ou 40% ETP et qui complètent avec un boulot alimentaire, j'en connais plusieurs ... Idem pour les docteurs psycho qui restent bloqués au premier échelon de la FPH, car ils ne sont jamais titularisés, ou ceux qui signes des avenants tous les mois dans la FPT, pour garder leur poste ... On est légitimement en droit de se demander s'il est valable de prolonger son cursus de 3 années difficiles pour se retrouver face au candidat qui a passé son M2 en Belgique et qui vient vous piquer le poste sous le nez (c'est du vécu).

    Donc, bon, le "niveau doctorat" du psychologue, ça impliquerait déjà de différencier une filière "universitaire/recherche" d'une filière "professionnelle".
    Un doctorat d'exercice, comme en médecine, ça nécessiterait d'avoir un équivalent "d'internat" (comme aux US) et donc des stages longs, mal payés, où les étudiants seraient certainement exploités, comme pour les internes en médecine dans nos hôpitaux (encore du vécu) ...
    Au final, est-ce que ça en vaudrait vraiment la peine ? Qu'est-ce qui changerait réellement sur le terrain et le marché de l'emploi ?
    Quelle "plus-value" ça apporterait fondamentalement aux employeurs ? Aux States, certains états accordent la possibilité aux psychologues de prescrire des médicaments par exemple. Jamais cela n'arrivera en France...

    - Médecin Psychiatre et Psychologue.

  4. #4
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    Merci pour ce fil. Vous auriez des éléments bibliographiques à l'appui ? (et je le dis vraiment avec intérêt, pas de manière mesquine).

    Je ne retrouve plus ma biblio complète, qui comprenait aussi l'histoire de la psychologie en France de A. Ohayon. Bon, c'est très orienté, c'est certain, orienté entre autre pour répondre aux étudiants qui dénient l'influence psychanalytique sur la psychologie clinique en France, qui disent que la psychologie clinique c'est quand on est devant un patient, qui font de Lagache une figure de la psychologie "intégrative" en plaquant leur filtre d'aujourd'hui sur les réalités de l'époque, etc.

    Il faut ajouter aussi le magistral Qu'est-ce que la psychologie ? de George Canguilhem, qui vous fera réaliser que vous n'êtes ni si méchant, ni si rigoureux intellectuellement que vous le pensez.

    http://psysnepap.free.fr/?p=148

    Bernard Brusset, « A propos de l'amendement Accoyer », Le Carnet PSY 2003/9 (n° 86), p. 27-35.

    Jacqueline Carroy et al., « La « psychologie » au Collège de France », Revue philosophique de la France et de l'étranger 2015/2 (Tome 140), p. 225-228.

    Marie-Claude Casper, Stéphane Gumpper« Une psychologie dite clinique : histoire et enjeux contemporains d'un qualificatif », Psychologie Clinique 2018/1 (n° 45), p. 179-195.


    Annick Ohayon, « La psychologie clinique en France. Éléments d'histoire », Connexions 2006/1 (no 85), p. 9-24.

    Annick Ohayon, « Ce qui énervait Henri Piéron », Bulletin de psychologie 2014/5
    (Numéro 533), p. 409-414.

    Roger Perron, Psychanalyse et psychothérapie en France après la seconde guerre mondiale (en ligne sur le site de la SPP

    Jean-Pierre Pétard, « Hommage aux pionniers. En feuilletant les premiers tomes du Bulletin de psychologie », Bulletin de psychologie 2009/2 (Numéro 500), p. 109-118.

    Robert Samacher, « Enseignement, statuts et débouchés de la psychologie en 1956-1957 », Bulletin de psychologie 2009/2 (Numéro 500), p. 143-148.
    Dernière édition par damien andre; 17/10/2020 à 09h16

  5. #5
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    Bonjour,

    Harpocrate, merci pour votre retour.

    Damien André, merci pour vos ressources.
    Concernant le développement de la profession en France, j'ajouterai l'article de Thomas Le Bianic :

    Le Bianic, T. (2013). Une profession balkanisée : les psychologues face à l’Etat en France (1945-1985). Politix, 26(102), 175-207.
    doi: 10.3917/pox.102.0175

    Du côté américain :

    Ludy T. Benjamin 2005, A history of clinical psychology as a profession in America (and a glimpse at its future). Annual Review of clinical psychology, 1:1-30
    doi: 10.1146/annurev.clinpsy.1.102803.143758.

    Baker, D. B. & Sperry, H. (2020). History of psychology. In R. Biswas-Diener & E. Diener (Eds), Noba textbook series: Psychology. Champaign, IL: DEF publishers. Retrieved from http://noba.to/j8xkgcz5

    L'article Wikia.org History of clinical psychology et ses propres sources : https://psychology.wikia.org/wiki/Hi...cal_psychology

    Au plaisir,
    Heko

  6. #6
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    Thanks... Je ne connaissais pas Politix, je vais regarder.

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